D’après Agnieszka Kumor | RFI  5.11.21

En 2021, la production mondiale de vin s’est établie à 250,3 millions d’hectolitres (Mhl) en baisse de 4% par rapport à 2020 (260 Mhl).

Les viticulteurs à travers le monde sont en première ligne du changement climatique. C’est le cas pour les trois principaux pays producteurs mondiaux qui, selon les premières estimations de l’OIV Organisation Internationale de la vigne et du Vin, ont enregistré en 2021 des volumes historiquement faibles. Si l’hémisphère sud enregistre une forte augmentation chez ses principaux pays producteurs, comme l’Afrique du Sud, il n’en est pas de même de l’hémisphère Nord touché par les aléas météo récurrents qui finissent par provoquer une interrogation : n’y aura-t-il jamais plus de normalité climatique ?

France : 2021 année calamiteuse Avec ses 34,2 millions d’hectolitres, soit 27% de moins qu’en 2020 (33,3 Mhl, déjà en baisse de 29% sur 2019), la France n’avait pas enregistré une production aussi basse depuis l’année 1957 où, déjà, la nature s’était déchaînée : après une vague de chaleur, le temps particulièrement froid et le gel s’étaient abattus sur l’Hexagone, puis les pluies diluviennes avaient achevé de dégrader les récoltes. Des conditions climatiques à s’y méprendre avec celle de l’année 2021, millésime désastreux en termes de quantité avec de fortes gelées en avril, suivies de grêle, d’orages et d’épisodes de mildiou et de l’oïdium. Résultat : « C’est la deuxième fois en vingt ans que la France est à la troisième place du podium », après l’Italie (en tête avec 44,5 Mhl, en baisse de 9% par rapport à 2020) et l’Espagne (2ème place avec 35 Mhl, en baisse de 14%).

Les autres pays de l’UE enregistrent des résultats négatifs pour des raisons similaires, à savoir l’Autriche, la Grèce, la Croatie ou encore la Slovaquie. En revanche, l’Allemagne se distingue avec 8,8 Mhl produits, soit une hausse de 4%, malgré l’épisode de gel qui a touché ses voisins. Les vendanges en Europe centrale et de l’Est semblent conformes ou légèrement supérieures à la moyenne. La Roumanie fait toutefois figure d’exception : pays producteur de taille moyenne (6ème place, avec 5,3 Mhl) riche de ses cépages autochtones, elle a vu sa récolte s’envoler de + 37% en 2021. Selon l’OIV, il faut y voir le fruit de la modernisation de la viticulture roumaine, modernisation poursuivie depuis une vingtaine d’années grâce à de très nombreux investisseurs étrangers, notamment allemands, autrichiens et italiens.

Viticulture durable et numérique Les deux crises que traverse actuellement la planète, la pandémie du Covid-19 et le changement climatique, forcent la viticulture mondiale à s’adapter : « on a vu durant cette crise la résilience du secteur viticole et sa capacité à s’adapter. La commercialisation du vin sur l’Internet se développe de plus en plus. Mais nous allons faire face à une crise beaucoup plus grande que celle que nous venons de vivre, qui n’était qu’un apéritif. Ce qui nous attend c’est la grande crise du changement climatique et le monde viticole reste en alerte permanente.

Arnold Böckling (1880) aurait déjà pu poser la question N’y aura-t-il donc plus jamais plus de normalité climatique ?

Les producteurs font des efforts pour aller vers la croissance durable. Pour cela le secteur du vin peut être considéré comme exemplaire ou caractéristique par rapport à d’autres secteurs de production. Mais cela ne suffit pas. Il faut introduire un autre facteur d’accélération, c’est le numérique. Ce terme englobe un certain nombre de procédés comme l’analyse des données satellitaires grâce aux moyens de l’intelligence artificielle. Nous avons la capacité de collecter et d’analyser des données à l’aide de capteurs répartis dans le vignoble. Quelle est la transparence de ces données ? De quelle manière doivent elles circuler ? Quelle identité le numérique peut-il procurer à un vin ? Ce sont des questions auxquelles nous devons répondre avec urgence », a estimé Pau Roca, le DG de l’OIV.

USA et Chine Aux États-Unis, la production (24,1 Mhl) est légèrement supérieure à l’année dernière, mais toujours assez faible en raison des incendies et fumées qui ont détruit ou rendu inexploitable une partie des raisins. Les données pour la Chine ne sont pas encore disponibles. Mais depuis 2016 on observe une baisse significative et durable de la production chinoise. Selon l’OIV le secteur viticole en Chine est en train de vivre une restructuration. Moins de raisin, mais de meilleure qualité, faire des vins plus qualitatifs semblent être les maîtres-mots pour ce pays, où les conditions climatiques sont particulièrement rudes pour la culture de la vigne.

Bilan contrasté en Océanie Avec le millésime 2021, les principaux pays producteurs, parmi lesquels la France, risquent de perdre certains marchés au profit de leurs collègues du Nouveau Monde. D’autant plus que des conditions météo ont été bien différentes dans l’hémisphère Sud où les vendanges se sont terminées en avril, et le bilan y est très positif. À commencer par l’Australie. Les producteurs australiens ont réussi à combattre les feux et la sécheresse. 2021 rime pour eux avec tous les records : la quantité et la qualité de raisin sont au rendez-vous. L’Australie enregistre sa plus forte récolte depuis 2006. Les 14,2 Mhl produits représentent une hausse de 30% sur 2020. Toute autre situation du côté de la Nouvelle-Zélande qui a vu sa récolte amputée de 19% à 2,7 Mhl. La qualité de ce millésime suffira-t-elle à satisfaire la demande à l’export, se demandent les producteurs néo-zélandais.

Aubaine pour l’Amérique du Sud Le Chili, le plus grand producteur de l’Amérique du Sud, conclut cette année avec 13,4 Mhl soit une hausse de 30%, record historique depuis vingt ans ! Une hausse significative également pour l’Argentine, qui grâce aux pluies abondantes et aux températures modérées, sort son épingle du jeu (12,5 Mhl, soit 16% de +).

L’Afrique du Sud efface les effets néfastes de la sécheresse C’est la 3ème année consécutive de croissance pour l’Afrique du Sud. Les producteurs ont bénéficié d’une météo clémente après une période prolongée de sécheresse qui a débuté en 2016. Résultat : des raisins de qualité remarquable et une hausse de 2% de la production de vin par rapport à 2020 (10,6 Mhl).

Progression du commerce mondial du vin  Grâce à la progression des vaccinations anti Covid et à l’abandon de certaines restrictions sanitaires, les échanges internationaux de vin ont fortement progressé sur les six premiers mois de cette année, avec une hausse de 6% par rapport à la même période de l’année précédente. Notons au passage une forte baisse des importations de vin en Chine (moins 36% sur le 1er semestre 2021). Les vins australiens enregistrent un recul de 27% de leurs exportation, du en grande partie aux taxes chinoises exorbitantes de 218%.

Le Brexit et ses perturbations administratives seraient responsables de la baisse des exportations de vin vers le Royaume-Uni (– 23%). Les Pays-Bas ont vu leurs importations progresser de 25%, signe pour l’OIV qu’Amsterdam et d’autres grandes villes néerlandaises sont en train de concurrencer Londres dans son rôle traditionnel de plaque tournante du commerce mondial du vin, via laquelle les vins du monde entier voyagent vers d’autres parties du monde, notamment vers les États-Unis ou l’Asie.

Commentaire ému de Nadine Franjus du blog Les 5 du vin, qui a publié l’article original : « impressionnant de voir les bouleversements qui ont frappé ce millésime ! Et le chaos est mondial. La viticulture est une production à long terme, ce n’est pas facile de s’adapter en un an ou deux. Pourtant le changement climatique donne l’impression d’avoir basculé cette année : n’y aura-t-il jamais plus de normalité, de retour en arrière ? »