GEL : TOUS TOUCHÉS

D’après e-Vitisphère, à partir du 25 avril 2017

Avec une intensité et une ampleur géographique inédites, les épisodes de gel de la fin avril ont touché l’ensemble des régions viticoles françaises et européennes. Certaines sont endommagées sur les feuilles et les bourgeons développés précocement, d’autres sont ravagées entièrement. Et les gels nocturnes sont peut-être encore à redouter jusqu’au 15 mai.

Réchauffement climatique ? L’une des idées reçues prédominantes est que les masses glaciaires fondant aux pôles viennent refroidir le Gulf Stream qui refroidit à son tour les régions continentales qu’il était censé tempérer.
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Pendant trois nuits de suite entre le 19 au 21 avril, puis à nouveau dans celle du 27 au 28 avril, et dans certains vignobles encore celle du 29 prévue par la météo sans gel, les températures sont descendues en dessous de zéro, parfois jusqu’à moins 6 °. 40 000 hectares ont été touchés dans l’Aude et l’Hérault, et encore des milliers d’hectares dans le Vaucluse (Ventoux, 3 500 ha dont les 2/3 à 80%; Lubéron environ 1 000 ha, soit 1/3 de l’appellation). Sans  oublier le Languedoc, lui aussi passablement atteint.

En Pays de la Loire, à Chinon à nouveau (20% du vignoble) et à Bourgueil (30 à 40%) et dans le Muscadet (Vallet, Mouzillon, Clisson et La Chapelle-Heulin principalement); en Touraine, troisième année de gel (1) sur les cinq dernières, notamment à Montlouis, Azay-le-Rideau, malgré le recours à cinq hélicoptères ; en Anjou, le gel a touché les Coteaux-du-Layon et Savennières habituellement épargnés (2); les Coteaux de l’Aubance ont été affectés notamment en bordure de rivière; Saumur-Champigny, atteint entre 20 et 30% (St Cyr, Chacé).
En Centre Loire, environ 30% du vignoble ont été touchés à Pouilly, en Coteaux du Giennois, à Châteaumeillant; moins fortement à Quincy et Reuilly mieux protégés par les « machines à vent », et dans une moindre proportion à Sancerre (Ste Gemme).

Le bordelais est plus sévèrement touché qu’estimé initialement par le pire gel depuis 1991 : entre 20 % (Graves, rive-droite) et jusqu’à 90-100 % dans les zones les plus exposées, par exemple l’Entre-deux-Mers, ou Saint-Émilion où Il n’y aura sans doute aucune récolte ainsi qu’à Castillon et Montagne St-Emilion, la quasi totalité des vignes ayant été dévastée. La perte de récolte globale à Bordeaux est ré-estimée de 30-40% à 50%.

Prévention anti-gel au moyen de braseros à Saint-Emilion (J-B Nadeau/Cephas)

La Vallée du Rhône, le Sud-Ouest, la Charente (Cognac, 40 000 ha touchés, les stocks techniques pourraient être insuffisants); le Jura (entre 30 et 90% y compris Château-Chalon); la Champagne et l’Alsace (au moins 1 000 ha à Sigolsheim, Bennwihr, Colmar et surtout Turckheim-Wintzenheim à 80-100 %); la Bourgogne (pire gel depuis 1981, mais moins destructeur en raison des actions de prévention et nouveaux moyens de lutte) et Chablis (très touché); la Provence (Coteaux d’Aix, Coteaux Varois) et la Corse (Ponte Leccia, Linguizzetta, Ghisonaccia/Alzitone, Figari, et dans une moindre mesure Patrimonio, Aghione et Bonifacio).

Feux allumés en Bourgogne au matin du 27 avril (F. Billet)

Alors que les fumées s’élevaient au-dessus des vignes comme autant de signaux d’angoisse et d’alarme, les gelées ont attaqué la quasi totalité des régions viticoles. Très peu sont passées au travers de la lame acérée du froid qui laisse les vignes comme du tabac séché (ci-dessous)

Dégâts en bordelais (Jonathan Ducourt)

Et comme la végétation avait  jusqu’à 15 jours d’avance à cause des températures supérieures de 2° à la moyenne provoquant des débourrements précoces, une grande incertitude pèse sur la repousse des contre-bourgeons et sur les risques de détérioration des pollens.

Le taux d’assurance varie de 60% en Alsace à 20-25 % à Bordeaux et entre 15 et 20% à Cognac, mais de très nombreux viticulteurs ne sont pas du tout assurés, bien souvent par crainte de voir leurs marges englouties, qui constatent que les dédommagements ne seront jamais à la hauteur des pertes subies.

On sait maintenant qu’il y aura peu, très peu ou pas de millésime 2017 dans les chais et… dans nos caves.

La répétition des événements climatiques dramatiques interroge les viticulteurs, surtout les jeunes qui constatent n’avoir connu que de rares millésimes normaux depuis leur installation. Il va pourtant falloir trouver des parades à ces épisodes de redoux précoce suivis de gelées tardives survenant depuis plusieurs années.

Si le gel vient de meurtrir durement l’ensemble des vignes françaises pour la 2ème année voire la 3ème, il en est de même en Europe (hors carte) notamment en Italie (Vénétie, Abruzzes, Toscane, zones d’appellation du Prosecco, Piémont,  Modène, Franciacorta et centre du pays). En Espagne, toutes les régions sont dévastées par le pire gel depuis un siècle (1926) — Castilla La Mancha, Castilla y Leon, Ribera del Duero, Toro et Bierzo, ainsi que Rioja et Galice. En Suisse (550 ha perdus dans le Valais), en Allemagne, Autriche et dans les pays de l’Est; en Belgique et au Luxembourg, ainsi qu’en Angleterre dans le Sussex par exemple.

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(1) En 2012 et en 2013, la moitié de la récolte a été perdue à cause du gel, puis les trois quarts en 2016, les années 2014 et 2015 n’ayant laissé que peu de répit aux vignerons qui ont du affronter de sévères attaques de mildiou et n’ont pu reconstituer leurs stocks (d’après Le Point).

(2) « C’est un dérèglement climatique général. Même les hauts de coteaux de Savennières ont été touchés alors qu’ils ne gèlent  pratiquement jamais… À Saint-Aubin-de-Luigné, nous avons des zones à risque, les parcelles basses près de la rivière, mais notre domaine est situé dans des zones hautes où habituellement ça ne gèle pas… » déclare Philippe Delesvaux qui vient de perdre en quelques heures près de la moitié de sa récolte (d’après Le Point).

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